L'ARTISTE      
 par Michel TESTUT
    Méfiez-vous des timides. Surtout des artistes timides. Ils sont redoutables.
De redoutables observateurs et des procureurs intransigeants de la comédie humaine. Marcel Pajot est de ceux-là.
    Son parcours ? Un labyrinthe : provincial de la France profonde, enfant de troupe à douze ans et juste ce qu'il faut d'errance pour s'en guérir, puis la peinture, rien que la peinture, toujours loin des cénacles et des "mots d'ordre".
    Pajot peint corps et âmes. Je veux dire les corps et, c'est plus rare, les âmes. Dans ses tableaux, derrière les visages, gueules d'enfer ou figures d'ange, on croit reconnaître les âmes. On les reconnaît : ce sont celles que l'on croise chaque jour de sa vie. En peinture, ce sont des  "figures de style" où l'intelligence ne peut se séparer du cœur.
    Pourtant quelle jubilation malicieuse et fantasque quand Pajot campe ses processions carnavalesques dans une Venise venimeuse ! Colombines mutines et perverses, les yeux luisants sous le masque, sulfureuses sous le loup, pulpeuses et palpées par une troupe d'arlequins décatis et salaces. Pantomimes équivoques et somptueuses qui recèlent le pire, révèlent les gestes et relèvent les jupes sur d'étranges couleurs - qu'elles s'éteignent et la danse est macabre : on pense tout à coup à Jérôme Bosch. Toute l'ambiguïté de Marcel Pajot est là.
    Chez Pajot le peintre, il y a aussi du Daumier et du Gustave Doré, et quelque chose en lui de Fellini. Chez Pajot l'humaniste, il y a une manière de Donquichottisme, une candeur imaginative et généreuse.
                                                                                             M.T.
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